Point macroéconomique au 27/04/2020

Point macroéconomique au 27/04/2020

Veille économique

Le monde traverse actuellement une crise sanitaire et économique de nature exceptionnelle due à la pandémie du coronavirus. Les analyses sélectionnées dans ce point macroéconomique proposent des clés de compréhension et d’évaluation de son impact.

Croissance économique


  • Monde

Selon les dernières perspectives du FMI, l’activité mondiale devrait connaître une forte contraction de 3% en 2020, soit un recul bien plus marqué que lors de la crise financière de 2008-2009. D’après le scénario de référence de l’institution, fondé sur l’hypothèse d’une atténuation de la pandémie au cours du deuxième semestre de 2020 et d’un relâchement progressif des efforts d’endiguement, l’économie mondiale devrait croître de 5,8% en 2021, grâce au soutien des pouvoirs publics.

Les dernières estimations publiées par l’OCDE tablent quant à elles sur une diminution de 2% dans la croissance du PIB annuel par mois de confinement. Pour l’ensemble des économies, la baisse significative du PIB découle majoritairement de l’impact des mesures de santé publique sur la production ainsi que sur les services professionnels et immobiliers.

  • Europe

Les pays industrialisés devraient être les plus touchés par la pandémie, dont ceux du continent européen. Ainsi, en 2020, la contraction du PIB atteindrait -7,5% en zone euro, -7% en Allemagne et -6,9% en Belgique.  L’Italie et l’Espagne seraient plus particulièrement affectées et enregistreraient un repli de croissance de respectivement -9,1 et -8% (Perspectives de l’économie mondiale, FMI, 14 avril 2020).

  • France

La contraction du PIB français au premier trimestre 2020 s’élèverait autour de -6% selon la Banque de France. L’étude précise qu’il faut remonter au deuxième trimestre 1968 pour retrouver une chute trimestrielle du PIB d’une telle ampleur. Suite aux événements du mois du mai, la croissance avait alors diminué de -5,3% avant de rebondir à +8,0% au troisième trimestre. Les auteurs prévoient par ailleurs que chaque quinzaine de confinement ampute le niveau de PIB annuel d’environ -1,5%, cette perte de PIB pouvant évoluer à mesure que la durée cumulée de confinement s’allonge.

L’Insee maintient pour sa part son estimation d’une perte de PIB annuel de 3 points pour un mois de confinement, précisant par ailleurs que la perte effective devrait être supérieure, l’hypothèse d’un retour instantané à la normale à la sortie du confinement n’étant que peu probable.

De son côté, l’OFCE estime que 120 milliards d’euros ont été perdus durant ces huit semaines de confinement, ce qui représente 5 points de PIB annuel. L’étude souligne qu’environ 60% de cette perte est absorbée par l’augmentation du déficit public tandis que 35% est au compte des entreprises. Cette perte d’activité doit cependant être interprétée avec précaution car elle s’accompagne d’une accumulation d’épargne forcée par les ménages s’élevant à 55 milliards d’euros pour la période de confinement. Sous l’hypothèse selon laquelle la totalité de cette épargne serait consommée, la perte annuelle d’activité serait alors de 2 points de PIB au lieu de 5 points.

 

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Inflation


  • Zone euro

L’inflation est en recul dans la zone euro, a annoncé Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne dans sa dernière publication. Ainsi, le taux d’inflation annuel de la zone euro est estimé à 0,7% en mars 2020, contre 1,2% en février. La baisse de l’inflation est liée à la baisse des prix de l’énergie (-4,3% après -0,3% en février).

  • États-Unis

Les prix à la consommation aux États-Unis ont enregistré en mars leur plus forte baisse mensuelle depuis janvier 2015. L’indice des prix à la consommation (CPI) calculé par le département du Travail a ainsi chuté de 0,4% le mois dernier, ce recul étant notamment imputable au plongeon des prix du pétrole (-10,5%), ainsi qu’à ceux de l’hôtellerie, du transport aérien, ou encore de l’habillement. Les prix alimentaires connaissent toutefois une légère augmentation, à l’instar des prix des soins de santé, des véhicules d’occasion, des assurances automobiles et de l’éducation. Sur un an, l’inflation ralentit à 1,5% contre +2,3% à fin février.

  • France

Selon l’Insee, l’inflation a fortement ralenti en mars en France, tombant sur un an à +0,7 %, après +1,4 % en février. La baisse significative de l’inflation est imputable au net repli des prix de l’énergie (-4% sur un an) et des produits manufacturés (-0,4%) et dans une moindre mesure au ralentissement des prix des services (+1,1 % sur un an après +1,4 %). Les prix de l’alimentation augmentent de 1,9% sur un an, soit une hausse à peine plus soutenue qu’en février (+1,8%). Il est à noter que ces données ont été calculées pour partie uniquement sur une période précédant le confinement, l’Insee ayant décidé de suspendre les relevés de prix réalisés par ses enquêteurs dans les points de vente physiques.

 

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Indices boursiers


Evolution principaux indices boursiers du 31/01/20 au 15/04/20
Le graphique montre l’évolution des principaux indices boursiers français (en bleu), européens (en vert) et américains (en rouge) ramenés en base 100 au 31/01/2020.

Le suivi des indices boursiers montre que ceux-ci ont décroché après la mi-février en répercussion de la crise épidémique en Asie et des premiers cas apparaissant en Europe. Les principales valeurs boursières ont atteint un point bas mi-mars correspondant à la mise en place du confinement de la population dans la plupart des pays occidentaux. Les indices européens et le Dow Jones avaient perdu à cette date près de 35% de leur valeur du 31 janvier 2020. Un rebond a été observé dans les semaines qui ont suivi mais à la mi-avril, les principales valeurs boursières n’avaient pas retrouvé les niveaux d’avant crise. Au 15 avril, si les indices boursiers américains ont retrouvé au moins 83% de leur valeur du 31 janvier, les indices européens sont à environ 77%. En France, le CAC 40 et le CAC All Tradable ont suivi une trajectoire identique sur la période et avaient retrouvé au 15 avril 75% de leur valeur du 31 janvier 2020.

Le tableau ci-dessous montre la valeur des différents indices à quelques dates clés, ainsi que les valeurs les plus basses atteints par ces indices :

  31 janvier 2020 20 février 20 mars 15 avril   Valeur la plus faible observée Date
CAC 40 100 104,4 69,7 75,0 64,7 18 mars
CAC All Tradable 100 104,5 69,7 74,7 64,3 18 mars
EuroStoxx 50 100 105,0 70,0 77,1 65,5 18 mars
FTSE 100 100 102,1 71,2 76,8 68,5 23 mars
DAX 100 105,3 68,8 79,2 65,0 18 mars
Dow Jones 100 102,6 65,8 83,2 65,8 20 mars
S&P 500 100 103,5 69,4 86,3 69,4 20 mars
Nasdaq 100 104,7 75,0 91,7 75,0 20 mars

 

 

Marché du travail


  • Monde

Le monde du travail apparait comme particulièrement affecté par la pandémie du coronavirus. Près de 2,7 milliards de travailleurs, soit 81% de la main d’œuvre mondiale, vivent actuellement dans un pays ayant adopté des mesures de confinement totales ou partielles. Cette crise sanitaire devrait faire disparaitre 6,7% des heures de travail dans le monde au cours du deuxième trimestre de 2020, ce qui équivaut à 195 millions de travailleurs à plein temps effectuant une semaine de travail de 48 heures. Certains secteurs sont également plus touchés que d’autres et le rapport identifie notamment les services d’hôtellerie et de restauration, l’industrie manufacturière, le commerce de gros et de détail ou encore les activités administratives et d’affaires comme courant un risque élevé de hausse «drastique et dévastatrice» de licenciements et de réduction des salaires et des heures travaillées. Ces secteurs emploient 1,25 milliard de travailleurs à travers le monde, ce qui représente près de 38% de la main-d’œuvre mondiale. La hausse finale du chômage mondial pour l’année 2020, qui dépend fortement des mesures adoptées et de la rapidité de la reprise économique, devrait être nettement plus élevée que la projection initiale du 18 mars de l’OIT, qui était de 24,7 millions de chômeurs supplémentaires. Pour rappel, la crise financière mondiale des années 2008-2009 avait généré une augmentation du nombre total de chômeurs de 22 millions.

  • États-Unis

Aux États-Unis, le nombre de chômeurs a bondi de plus de 26 millions en cinq semaines selon le DOL (U.S Department of Labor). 4,4 millions de nouvelles demandes d’allocation chômage ont été déposées pour la seule semaine du 18 avril 2020, ce qui reste dans la lignée des semaines précédentes, en dépit d’une diminution. A titre de comparaison, le sommet atteint pendant la crise financière des années 2008-2009 s’élevait à 665 000 sur une semaine. L’estimation du taux de chômage assuré est quant à elle portée à 11% début avril, soit une augmentation de 2,8 points de pourcentage par rapport à l’estimation de la semaine passée. Ce taux s’élevait à 1,5% au mois de février 2020. A titre de comparaison, le taux de chômage assuré avait atteint un maximum de 5% lors de la crise financière des années 2008-2009.

  • France

Selon la Dares et Pôle emploi, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A en France (hors Mayotte) a enregistré une augmentation de 246 100  (soit +7,1%) sur le seul mois de mars 2020, pour s’établir à 3 732 500. Il s’agit là de la plus forte hausse depuis le début de la série en 1996.

Au 21 avril 2020, la Dares dénombre 10,2 millions de salariés (soit 40% de l’emploi salarié total) concernés par des demandes d’activité partielle ce qui représente une hausse de 1,3 million en une semaine. Quatre secteurs concentrent 64% des demandes : le commerce et la réparation automobile, l’hébergement et la restauration, la construction, ainsi que les activités de services spécialisés, scientifiques et techniques. L’Ile-de-France (20,3 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (12,9 %) apparaissent comme les deux régions ayant reçu le plus de demandes d’activité partielle. Le rapport estime par ailleurs que 73 500 demandes d’inscription de demandeurs d’emploi ont été déposées sur la semaine du 5 au 11 avril, en très légère diminution par rapport à la même semaine de l’année précédente.

Demandes d’inscription à Pôle emploi par semaine
Demandes d'inscription à Pôle emploi par semaine

En dépit du recours massif au chômage partiel, l’OFCE prévoit pour sa part une augmentation du nombre de chômeurs de près de 460 000 pendant la période du confinement. Le chômage toucherait alors un peu plus de 3,1 millions de personnes contre 2,7 millions avant la pandémie. Cette hausse peut être décomposée comme suit : 220 000 licenciements chez les salariés dont la durée de contrat de travail est supérieure à un mois, 60 000 parmi les salariés en période d’essai et 175 000 chez les salariés en contrat court de moins d’un mois.

  • Allemagne

Selon l’institut d’études sur le marché de l’emploi IAB, le chômage en Allemagne pourrait toucher 90 000 personnes supplémentaires en 2020. Le nombre de demandeurs d’emploi serait alors porté à 2,36 millions sous l’hypothèse d’une crise du coronavirus modérée, ce total pouvant toutefois dépasser 3 millions dans le cas d’une pandémie de plus grande ampleur.

 

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Focus : Note de conjoncture Insee du 23 avril

Selon la dernière note de conjoncture de l’Insee, publiée jeudi 23 avril, la crise actuelle entrainerait une baisse de l’activité économique française de 35%. Les branches marchandes, particulièrement affectées, enregistreraient pour leur part une chute d’activité de l’ordre de 41%, avec de forts contrastes selon les secteurs. Ainsi, le commerce, les services de transports et l’hébergement-restauration, confrontés aux mesures de fermeture et à la restriction des déplacements, contribueraient à eux seuls à plus du tiers de la perte d’activité. Du fait de la réouverture de certaines usines et certains chantiers, la perte d’activité dans l’industrie et la construction est un peu moindre que dans la précédente note de conjoncture (-39 % contre -43 % dans l’industrie ; -79 % contre -88 % dans la construction). L’industrie agroalimentaire connaitrait pour sa part une situation quasi-normale, son activité demeurant nécessaire à la satisfaction de la demande de besoins essentiels. Les dépenses de consommation des ménages subiraient quant à elles une diminution de l’ordre de 33 % traduisant notamment le recul des achats de carburants, de véhicules et de vêtements, ainsi que celui des services d’hébergement, de restauration et de loisir. Cette chute de la consommation des ménages est donc légèrement en-deçà de l’estimation du 9 avril (35%), les principaux écarts résultant essentiellement de l’exploitation de données plus récentes de transactions par carte bancaire.

Finances publiques


  • France

L’association Fipeco (Finances Publiques et Economie) a réalisé un stress test pour mesurer l’impact sur le déficit et la dette publics d’une évolution du PIB dans les années 2020 à 2024 identique à celle des années 2008 à 2012. Sous l’hypothèse d’un solde structurel stabilisé à son niveau de 2019 et de la mise en place de mesures temporaires de relance en 2020-2021 à hauteur de 1,3 point du PIB (comme en 2009-2010), le déficit public se situerait alors entre 4,0 et 5,5% du PIB en moyenne dans les années 2020 à 2024. La dette publique connaitrait quant à elle une forte hausse en 2020 et 2021, dépassant 110% du PIB. Elle augmenterait plus modérément en suivant mais atteindrait 116% du PIB à la fin de 2024. La hausse de l’endettement public de fin 2019 à fin 2024 serait alors portée à 17 points du PIB, soit une croissance inférieure à celle qui a été constatée de fin 2007 à fin 2012 (+26 points), ce qui s’explique par un déficit structurel deux fois moins élevé qu’en 2007 (2,2%). Bien que cette hausse soit préoccupante, la stabilisation de la dette publique en pourcentage du PIB – quel qu’en soit le niveau – apparait comme primordiale. Or, si la croissance redémarre, la faiblesse des taux d’intérêt facilitera cette stabilisation. Dans ce contexte, il faut  souligner la nécessité du caractère temporaire des mesures de relance de l’activité et de soutien des ménages et des entreprises, afin que le déficit structurel n’augmente pas.

 

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Défaillances d’entreprises


  • Monde

Coface anticipe pour 2020 une augmentation mondiale des défaillances d’entreprises de 25%, contre seulement +2% initialement prévu en janvier dernier. Il s’agirait là de la plus forte hausse depuis la crise financière de 2009 (+29%). Il est à noter que cette estimation s’appuie sur un scénario intermédiaire, tablant sur un redémarrage progressif de l’activité au troisième trimestre et l’absence de deuxième vague épidémique au second semestre. Les États-Unis seraient particulièrement touchés, avec un nombre de défaillances en hausse de 39%, l’Europe de l’Europe enregistrant quant à elle une progression de 18%. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas seraient très impactés (+33% chacun) tandis que l’Allemagne (+11%) et la France (+15%) résisteraient mieux.

A la fin mars, Euler Hermes estimait pour sa part que les défaillances d’entreprises croîtraient de 14% en 2020 à l’échelle internationale. L’étude tablait par ailleurs sur une progression de 16% en Europe, 15% en Chine, 8% en France et 7% aux États-Unis.

 

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